Longtemps j’ai cru que les contes étaient une partie intégrante du rêve, de l’imaginaire, jusqu’à cet été où j’ai rencontré Timide.

Timide sorti tout droit du conte, qui n’ose vous regarder, qui a en lui une telle capacité d’amour que cela en est troublant.

Timide arrivait toujours dans les derniers au petit déjeuner, en pyjamas ses cheveux bruns coiffés en pétard.

Il rentrait tout ensommeillé dans la salle, le regard rivé sur ses chaussons, remontant sans cesse son pyjama.

Nous on le regardait faire, attendris, attendant le moment où il allait enfin regarder autour de lui, se rendre compte de qui était là.

Il levait la tête tout doucement et se précipitait dans vos bras pour le câlin du matin, chacun y avait droit, plus ou moins long, en fonction de son attachement.

Le rituel bien installé sa journée pouvait commencer.

Timide vous suivez à trois pas derrière, ne rien dire, ne pas l’appeler, attendre qu’il choisisse son moment pour entrer en contact.

10 h atelier rasage, il s’installait et je pouvais démarrer :

  • Serviette chaude sur le visage,
  • Application de la mousse,
  • Rasage,
  • Serviette chaude pour ôter les dernières traces de mousse,
  • Massage du visage à l’huile de lavande.

Timide se caressait le menton pour en vérifier la douceur et tout doucement levait la tête me regardait dans les yeux et me faisait un gros câlin.

Il s’installait à l’écart et attendait que l’atelier se termine.

Chaque fois que je tournais la tête je le savais là, veillant sur moi, compagnon rassurant.

Un seul de ses sourires nous révélait le meilleur de nous même.

Timide ne voulait pas partir, il c’est accroché à moi en pleurant, j’étais désemparée devant tant de chagrin, je lui ai murmuré des mots rassurants au creux de l’oreille, je lui ai fait une promesse, celle de lui écrire.

Il a relevé la tête, remonté son pantalon, a grimpé dans le bus me regardant encore, une larme coulait sur sa joue.

Je lui ai fait un sourire, Timide s’en est allé, rejoindre sa maison, son monde.

Timide est là bien au chaud dans mon cœur.

Je respecte ma promesse de temps en temps je lui envois une carte contre l’oubli.